Le Maroc reçoit plus de dix millions de visiteurs chaque année, et presque aucun n’est blessé. Il est utile de le rappeler clairement, car la question se pose souvent après avoir lu quelque chose d’alarmant, et l’honnête réponse est que le risque correspond à celui d’un pays à revenu intermédiaire avec une forte fréquentation touristique : petite délinquance dans les endroits animés, quelques arnaques, conduite dangereuse, et un nombre très limité d’incidents très graves.
Ce qui suit s’appuie sur les conseils des gouvernements britannique et australien, qui publient les recommandations les plus détaillées sur le Maroc. Consultez aussi les indications officielles de votre propre pays, car les niveaux d’alerte peuvent différer, et ce guide ne constitue ni un avis légal ni médical.
Avant de partir
0/8
Ce que disent réellement les conseils officiels
Le Foreign, Commonwealth and Development Office britannique annonce qu’une attaque terroriste est probable au Maroc, potentiellement indiscriminée et touchant des transports, sites touristiques, bâtiments officiels, espaces fréquentés et entreprises occidentales. Une menace accrue vient de Marocains proches ou membres de Daech. Les autorités déclarent néanmoins démanteler régulièrement des cellules.
L’Australie, via son site Smartraveller, va plus loin et préconise une grande prudence dans tout le Maroc compte tenu du risque terroriste, avec des niveaux d’alerte supérieurs dans certaines régions, et déconseille tout déplacement à moins de 30 kilomètres du “Berm”, le remblai militarisé du Sahara occidental en zone disputée.
Aucun des deux gouvernements ne recommande d’éviter le pays. Tous deux demandent de rester vigilant, de suivre l’actualité locale et d’obéir aux consignes des autorités marocaines.

Criminalité : le risque concret rencontré
La petite délinquance touche effectivement les voyageurs. Les autorités britanniques évoquent le vol à la tire, l’arrachage de sacs et de bijoux depuis des motos, fréquents dans les médinas et sur les plages. Elles signalent aussi des cas occasionnels de violence : agressions au couteau en pleine rue, cambriolages dans les grandes villes ou sur les plages, et recommandent d’éviter les rues calmes la nuit et de ne pas porter sur soi des objets de valeur ou trop d’argent liquide.
L’Australie ajoute les agressions lors de balades nocturnes, la mendicité insistante, et le harcèlement sexuel des voyageuses, surtout près des DAB. Ce constat reflète ce que rapportent les visiteurs : une ambiance parfois fatigante dans les grandes villes animées, et quelques faits divers évitables avec de bons réflexes.
Laissez la montre coûteuse à la maison, gardez le téléphone dans une poche et non à la main près du trottoir, rangez le passeport au coffre, et répartissez vos liquidités à deux endroits.
Arnaques, taxis et faux guides
Les fraudes sur les cartes bancaires et les arnaques à la confiance sont fréquentes. Formes courantes : boutique qui échange le produit acheté contre un autre de qualité inférieure, double prélèvement, personne « serviable » qui vous mène dans un atelier aux prix inventés, ou homme à l’entrée qui affirme faussement qu’un site est fermé et vous propose de vous conduire ailleurs.
Les autorités britanniques abordent deux de ces cas. Se faire harceler par de faux guides dans les médinas est courant : si vous prenez un guide, vérifiez son badge officiel et l’autorisation donnée par la mairie. Pour les taxis : ceux commandés par appli ne sont pas toujours réglementés ni assurés. Il faut donc négocier le prix avant de monter, ou exiger le compteur.
Rien de tout cela n’est dangereux. Cela coûte cher, et c’est l’essentiel de ce que les voyageurs entendent par « Maroc difficile » au retour.
Terrorisme : pour évaluer le risque
La menace existe mais reste limitée. Le Maroc a connu des attaques, et les services de sécurité déjouent régulièrement des attentats ; la dernière ayant tué des touristes remonte à décembre 2018, où deux randonneuses scandinaves ont été assassinées sur un sentier près d’Imlil, dans le Haut Atlas, une action considérée comme terroriste.
La réponse raisonnable est la même que partout : éviter les cibles symboliques, se tenir informé, et ne pas s’empêcher de voyager à cause d’un risque très peu probable. Randonner seul dans les montagnes est d’ailleurs déconseillé par les deux autorités, pour des raisons de sécurité, mais aussi en cas de blessure, météo ou isolement.
Endroits à éviter
Deux zones sont à éviter, toutes deux aux marges du pays mais en dehors des itinéraires habituels.
Les frontières terrestres et maritimes avec l’Algérie sont fermées et surveillées, et il est interdit de les franchir sans autorisation. Côté mer, cela concerne les jet-skis et petites embarcations : renseignez-vous sur les limites, restez dans les eaux marocaines, et prévoyez assez de carburant pour le retour.
L’autre zone est la limite militarisée du Sahara occidental appelée le Berm. L’Australie déconseille tout déplacement à moins de 30 kilomètres de son côté nord ou ouest, ainsi qu’au sud et à l’est, à cause du risque de conflit armé ; le Royaume-Uni traite le Sahara occidental à part avec une page dédiée. Un voyage organisé à Dakhla n’est pas comparable au fait de s’aventurer près de la limite, mais il est bon de situer cette région.
Lois qui piègent les voyageurs
La plupart des ennuis judiciaires touchant les touristes proviennent d’une méconnaissance des règles, plus que d’une volonté de fraude.
Il est illégal de chercher à convertir un musulman à une autre religion ou de distribuer de la littérature évangélique : l’amende ou la peine de prison (jusqu’à trois ans) sont prévues. Une critique publique de l’islam, même sur Internet, peut entraîner une forte amende ou jusqu’à deux ans de prison. Les relations homosexuelles sont interdites ; les manifestations d’affection en public peuvent aussi entraîner des poursuites. Les relations sexuelles hors mariage sont interdites pour les ressortissants marocains, ce qui a des conséquences pour le partage d’une chambre d’hôtel : la loi s’applique rarement aux visiteurs étrangers dans les zones touristiques, mais les gestes affectueux en public sont à éviter, au moins près d’un lieu religieux.
L’alcool est vendu dans des établissements licenciés et interdit ailleurs : boire dans la rue expose à une arrestation. La tolérance zéro s’applique pour la drogue : les autorités britanniques signalent de lourdes peines de prison et de fortes amendes pour la simple possession, l’usage ou le transport, même en transit, et recommandent de ne jamais porter le bagage d’un inconnu. Il est interdit de photographier des sites politiques ou militaires sensibles. Demandez l’accord des personnes avant de les filmer ou photographier, surtout les enfants. La pornographie est illégale, et il faut une autorisation de l’aviation civile pour faire voler un drone.
L’Australie ajoute un point rarement cité : la peine de mort existe au Maroc pour les crimes les plus graves, et les binationaux sont considérés comme Marocains.
Santé, eau et boisson à surveiller
L’eau et la nourriture sont des risques courants. Les maladies transmises par l’eau ou la nourriture sont fréquentes : buvez de l’eau en bouteille ou bouillie, méfiez-vous des salades et des glaçons. Des maladies transmises par insectes, leishmaniose, typhus, existent : utilisez un répulsif et dormez fenêtres fermées ou protégées. Les animaux peuvent transmettre la rage : ne les touchez pas, et consultez d’urgence en cas de morsure ou griffure. Le henné noir peut provoquer des brûlures.
Un avertissement mérite d’être souligné : le méthanol. Les autorités britanniques rapportent plusieurs décès ou graves intoxications après consommation d’alcool frelaté contenant du méthanol, indétectable au goût ou à l’odeur : consultez d’urgence si vous ou un proche présentez des symptômes après avoir bu. Acheter de l’alcool dans un bar ou un magasin officiel, plutôt que d’une autre source, protège de ce risque.
Séismes, inondations, baignade
Le Maroc est en zone sismique. Le 8 septembre 2023, un séisme de magnitude 6.9 a frappé la province d’Al Haouz dans le Haut Atlas, causant 2 960 morts et 5 674 blessés, le plus fort jamais enregistré dans le pays. Les villages de montagne sont encore en reconstruction, et le Royaume-Uni conseille de se renseigner sur la conduite à tenir en cas de séisme et de vérifier les consignes de votre logement.
- Séisme d’Al Haouz, 2023
- 6.9 Mw
- Personnes décédées
- 2,960
- Profondeur de la rupture
- 19 km
- Sud-ouest de Marrakech
- 73 km
Les pluies abondantes peuvent provoquer des crues soudaines, surtout dans les montagnes ou près des rivières en hiver, et l’été augmente les risques d’incendies. Côté mer, beaucoup de plages ont peu ou pas de surveillance et pas d’indications de danger : courants et vagues inattendues surprennent chaque année, et la baignade en barrage ou rivière est dangereuse à cause des fonds vaseux et pentes abruptes.
Voyager seul, en particulier en tant que femme
Les voyages en solo sont courants au Maroc et se déroulent bien si vous prévoyez comment gérer l’attention. Les deux gouvernements notent le harcèlement envers les femmes, surtout seules, et recommandent des vêtements amples couvrant bras, jambes et buste.
Les gestes qui font la différence sont simples : privilégiez les ruelles éclairées plutôt que les raccourcis sombres la nuit, asseyez-vous à l’arrière du taxi, restez bref et public dans les discussions, refusez une visite ou un verre en privé, et si vous vous sentez suivi, entrez dans un commerce ou un café au lieu d’essayer d’argumenter. En montagne, ne partez pas seul(e).
Rester connecté, et pourquoi c’est utile
Avoir un téléphone fonctionnel est ici un outil de sécurité à part entière : la carte qui évite les ruelles à risque, l’appli qui réserve une voiture agréée, le numéro pour contacter votre riad, ou appeler de l’aide au besoin (190 pour la police, 15 pour une ambulance).
Le choix est le même partout : le forfait habituel en roaming, une carte SIM locale achetée sur place (avec inscription), ou une eSIM de voyage installée à l’avance. Quel que soit votre choix, gardez le téléphone discret en zone passante ou sur les trottoirs, et enregistrez les numéros d’urgence dans vos notes plutôt que de compter sur une recherche au dernier moment.
Comment allez-vous vous connecter ?
Avez-vous besoin d’appels et de SMS sur votre numéro habituel pendant votre séjour au Maroc ?
Le pass roaming de votre opérateur coûte-t-il moins de cinq dollars par jour ?
Une eSIM de voyage pour internet
Installez-la avant de partir et passez les données sur la ligne eSIM en arrivant. Une carte à jour, une appli pour réserver une course, et une messagerie pour contacter l’hôtel sont les outils pratiques de sécurité dans toute ville marocaine, et votre numéro habituel reste joignable.
Votre abonnement habituel, en roaming
Convient si le pass est adapté et que le séjour est court, tout reste sur un même numéro. Pensez à désactiver l’itinérance sur les applis inutiles, et surveillez votre téléphone, car un mobile sorti au bord du trottoir est le bien le plus tentant à dérober.
Le Maroc valorise ceux qui appliquent les bons réflexes : lire les conseils, prendre une assurance adaptée à vos activités, garder ses biens discrets et bien répartis, négocier les prix avant de dire oui, et faire attention à l’eau, aux glaçons ou à l’alcool non officiel. Le problème que vous risquez le plus de rencontrer sera alors un chauffeur de taxi ayant un avis sur le compteur, ce qui reste un moindre mal.




