Louxor est l’ancienne cité de Thèbes, et ce n’est pas un musée entouré de logements : c’est une ville vivante d’environ 285 000 habitants, qui abrite les monuments de l’ancienne capitale. Karnak et le temple de Louxor se trouvent dans les rues de la rive est. De l’autre côté du Nil, les collines du désert recèlent les tombeaux des rois et des reines, les temples funéraires et le village des artisans qui les construisirent. Presque tous traversent le fleuve dans l’heure après leur arrivée, car la visite se divise en deux parties et aucune n’est facultative.
Deux facteurs déterminent la visite avant tout. D’abord, la chaleur : de mai à septembre, les températures dépassent les 40 °C, donc les visites se partagent entre début d’aube et fin de journée. Ensuite, le fleuve : les deux rives se voient, mais leur traversée est assez longue pour rendre la décision nécessaire plusieurs fois par jour.
Thèbes, la cité aux cent portes
Son nom égyptien était Waset, hellénisé en Thèbe par les Grecs. La ville fut la capitale de la Haute-Égypte et le centre religieux du pays au Nouvel Empire. Elle était dédiée au dieu Amon, devenu Amon-Rê avec la montée en puissance de Thèbes, et dont le temple de Karnak devint le plus vital d’Égypte jusqu’à la fin de l’Antiquité. Karnak porte d’ailleurs le nom antique d’ipt-swt, transformé en Thèbes chez les Grecs.
La ville avait ses propres divinités, ses fêtes et une procession annuelle durant laquelle la statue d’Amon descendait le Nil de Karnak au temple de Louxor. C’est la raison pour laquelle les deux temples sont reliés par une allée droite de sphinx sur 2,7 kilomètres. Le temple de Louxor fut érigé vers 1400 av. J.-C., en égyptien « ipet resyt », le sanctuaire du sud, et il était dédié non à une divinité mais au renouveau du pouvoir royal. Amenhotep III en établit le cœur, Toutankhamon et Ramsès II y ajoutèrent, et Alexandre le Grand aurait été couronné en ces lieux. Deux obélisques flanquaient l’entrée : l’occidental se dresse à Paris depuis le XIXe siècle.
Les siècles suivants expliquent ce qui rend Louxor si particulier. Le temple fut enseveli sous des décombres et des habitations, une mosquée fut même édifiée au sommet de ses colonnes : il n’a été réellement dégagé qu’à partir de 1884. Cette mosquée d’Abu Haggag reste en usage et perchée sur les colonnes antiques, garantissant plus de 3 400 ans de culte ininterrompu en ce même lieu. L’ensemble du site, « l’ancienne Thèbes et sa nécropole », figure au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979.
Quand partir
Louxor est l’un des endroits les plus secs et ensoleillés au monde, et détient le record d’Égypte pour l’amplitude thermique : environ 16 °C entre l’après-midi et les petites heures, raison pour laquelle une soirée de janvier exige une veste, même après une après-midi douce. Il tombe à peine 8 millimètres de pluie par an, et pas tous les ans. L’humidité se situe autour de 40 %.
La vraie limite n’est pas entre l’été et l’hiver, mais entre début et fin de journée. D’octobre à avril, la température moyenne en journée varie de 22,8 °C en janvier à 35 °C en avril, et passer toute une journée dehors est agréable. De mai à septembre, on monte à 41,4 °C en juillet, le record étant 50, donc le seul rythme raisonnable est de commencer à l’ouverture, faire une véritable pause au plus fort du soleil, et reprendre deux heures avant la fermeture. Les nuits d’hiver descendent à environ 7 °C en janvier.
La rive est
Karnak est la raison principale de tant de visites, et c’est la partie la plus difficile à appréhender d’un seul coup. Il s’agit d’un vaste ensemble de temples entourés de murailles, bâtis et remaniés deux mille ans durant, et la salle hypostyle à elle seule aligne 134 colonnes. Deux à trois heures sont raisonnables ici, et la lumière de fin d’après-midi sur les colonnes vaut mieux que celle de midi.
Le temple de Louxor est plus petit, d’un autre usage, et plus beau la nuit. Il occupe le centre-ville, à quelques minutes de la gare ferroviaire et de la corniche, et son pylône, sa colonnade et les statues assises de Ramsès II sont mis en lumière à la nuit tombée. L’avenue des sphinx, autrefois reliant Karnak et Louxor, a été dégagée de la boue et des maisons, et la promenade entre les deux temples en devient réelle.
La rive ouest
La rive ouest est surtout un paysage et une nécropole, non un alignement de bâtiments. La Vallée des Rois abrite les tombes royales, la Vallée des Reines celles des reines et princes, puis les villages et terrasses environnants incluent Deir el-Medina où vivaient les artisans, les Tombes des Nobles, Médinet Habou et le Ramesseum. Deir el-Bahari, le temple en terrasses d’Hatchepsout, surplombe les champs depuis les falaises. Les deux colosses de Memnon se dressent seuls sur la plaine à l’entrée.
C’est aussi un site en perpétuelle découverte. En février 2025, une équipe égyptienne et britannique a identifié la tombe de Thoutmôsis II à l’ouest de la Vallée des Rois, premier tombeau royal trouvé depuis celui de Toutankhamon en 1922. En 2021, les archéologues annonçaient la mise au jour d’une cité vieille de 3 400 ans près de Louxor, plus grande agglomération d’Égypte antique révélée à ce jour.
Côté pratique, le mieux est de commencer dès l’ouverture. Les tombes sont creusées dans la roche et les zones à découvert deviennent vite brûlantes, donc la première heure compte double par rapport à la mi-journée. Les billets s’achètent sur place, pas en ville, et l’usage d’un appareil photo est parfois soumis à un supplément à prendre à part.
Y aller, traverser le fleuve
L’aéroport international de Louxor reçoit des vols domestiques du Caire et des charters d’Europe, et le trajet jusqu’au centre est court pour l’Égypte. En train, la gare se trouve à 400 mètres du temple de Louxor sur la ligne qui relie Le Caire au nord et Assouan au sud, avec plusieurs départs par jour dont un diurne et un train-couchette ; le train reste la manière classique d’arriver sans avion. Les bateaux de croisière accostent tout le long de la corniche, d’où part aussi le trafic fluvial local.
Traverser le Nil sera votre décision du jour. Le bac local, parfois appelé National Ferry, part d’un embarcadère face au temple de Louxor et coûte peu. Les vedettes motorisées font la même navette toute la journée, à un prix plus élevé, selon votre horaire. Le pont inauguré en 1998, à quelques kilomètres en amont, supporte tout le trafic routier et ce que prennent taxis, navettes d’hôtels et minibus des montgolfières. Sur la rive est, calèches, taxis et petits trajets à pied suffisent pour tous les déplacements.
Rester connecté
Louxor est l’endroit où le téléphone passe de pratique à indispensable dans l’organisation. Les billets à réserver, les horaires du bac, le retour depuis la rive ouest après le coucher du soleil, mais aussi le restaurant que vous cherchez supposent d’être connecté : et cette différence se voit surtout côté ouest.
Le choix reste le même qu’ailleurs en Égypte. Une carte SIM locale demande passeport et guichet, souvent en centre-ville et pas sur le quai. L’itinérance est valable si votre opérateur propose un pass raisonnable, mais elle coûte plus. Une eSIM de voyage installée avant le départ est la plus simple, et vous laisse regarder le fleuve à l’arrivée plutôt que chercher une boutique.
Où dormir et quoi manger
La rive est est la base pratique : hôtels de tous types, restaurants, les deux grands temples accessibles à pied et la gare au bout de la route. La corniche et ses rues derrière sont l’endroit animé en soirée. La rive ouest, option possible, séduit le bon voyageur : maisons d’hôtes avec jardin, vue sur les temples de l’autre côté de l’eau et vingt minutes d’avance à l’ouverture sur tous ceux logés en ville.
La cuisine est celle de la Haute-Égypte : viandes grillées et pigeon, riz et légumes, pain au four d’argile, infusion d’hibiscus chaude ou froide. L’alcool se trouve dans les hôtels et quelques restaurants licenciés, mais pas partout.
Excursions
Le Nil lui-même est l’idée d’excursion au départ de Louxor. Des bateaux de croisière relient Louxor à Assouan via Edfou et Kom Ombo, et le train suit le même parcours en quelques heures avec une voiture de première classe abordable selon des critères européens. Assouan se situe à 220 kilomètres au sud, au Nil le plus large, avec villages nubiens et les temples d’Abou Simbel au-delà. Vers le nord, la ligne du Caire passe par Qena, jonction pour Dendérah.
Un conseil de la Foreign, Commonwealth and Development Office : vérifiez ce que couvre votre assurance voyage avant de partir, et sachez que les vols en montgolfière font partie des activités que les polices standards peuvent exclure.
Louxor se découvre mieux en prenant le temps que ne le laissent penser sa réputation : deux matinées sur la rive ouest, une après-midi dans les temples, une soirée au temple de Louxor et une longue pause déjeuner au cœur des journées chaudes vous donneront plus que la liste précipitée des monuments.