Le Maroc distingue deux types de paiements : le prix, affiché quelque part, et le billet donné en plus, qui ne l’est pas. Presque toutes les mauvaises expériences des voyageurs viennent de la confusion entre les deux, et très rarement d’un serveur.
Le pourboire lui-même est simple. C’est le prix des courses et des fausses offres gratuites qui font grimper le budget d’une semaine, donc mieux vaut connaître les montants à l’avance plutôt que de les négocier derrière une vitre de taxi.

Quelle est la vraie règle
Un pourboire est par définition volontaire, et il n’existe pas de pourcentage officiel au Maroc. Les voyageurs adoptent à la place l’habitude qui fonctionne dans la plupart des pays d’Europe du Sud : laisser la monnaie rendue dans un café, arrondir la course d’un taxi, et donner un petit billet à qui a fait quelque chose pour vous au-delà de la transaction.
La différence ici tient à l’échelle. Les prix au Maroc sont bas, donc ces montants ne sont pas symboliques. Un tagine coûte entre 25 et 60 dirhams, un couscous dans la même fourchette, un thé à la menthe 6 à 8, un jus d’orange 4, une galette de pain moins de 2. Face à ces montants, un billet de 10 dirhams représente un sixième d’un repas : personne ne le prendra pour une insulte, et donner 50 dirhams pour une addition de 30 passera pour une erreur plus que pour de la générosité.
- Départ du compteur du taxi, avant 20h
- 1.70 dh
- Minimum pour une course en taxi de jour
- 7 dh
- Pourboire adapté au porteur de bagage
- 5 dh
- Plafond pour se faire accompagner hors de la médina
- 20 dh
Taxi : où va réellement l’argent
C’est l’affaire du tarif plus que du pourboire, et c’est là qu’une semaine de pourboires disparaît en dix minutes. La loi impose le compteur pour les petits taxis urbains : il démarre à 1,70 dirham avant 20h et 2,40 après, le minimum est de 7 dirhams en journée et 10 la nuit. Dix minutes de course coûtent environ 20 dirhams au compteur. De la gare de Marrakech à la place centrale, comptez 12 à 13.
Les chauffeurs qui attendent aux gares, aéroports ou près de la place refusent souvent le compteur et réclament 50 à 70 pour la même course. L’aéroport de Marrakech propose un prix fixe de 200 dirhams sur automate, alors qu’un taxi pris sur la route à 200 mètres coûte environ 60, et un grand taxi jusqu’à la médina autour de 150. S’éloigner de cent mètres d’un rang de taxi avant de lever la main est le conseil le plus utile de ce guide.
Une fois au compteur, le pourboire consiste à arrondir simplement : 13 devient 15, et les pièces passent dans la main du chauffeur plutôt que de rester dans la vôtre.
Qui demande, et devez-vous payer ?
Avez-vous demandé le service, ou est-il arrivé sans sollicitation ?
Un prix a-t-il été convenu d’avance ?
Avez-vous reçu une addition ou une demande de paiement ?
Payez ce qui a été convenu, puis arrondissez
Un bagage porté jusqu’à la soute, un gommage au hammam, un taxi avec compteur, une personne vous ayant sorti de la médina : vous avez convenu la somme, payez-la et ajoutez la petite monnaie. Cinq dirhams pour le bagage, vingt pour la médina.
Laissez tout de même un petit geste
Vous avez demandé, le résultat vous convient et personne n’a annoncé de prix. Cinq ou dix dirhams suffisent et évitent la discussion. Énoncez la somme en la remettant en main propre, plutôt que de laisser un billet sur une table où l’on ne saura pas à qui il revient.
Vérifiez l’addition avant de payer
Il s’agit ici des stands de nourriture ou du henné : des assiettes de frites ou de salade arrivent sans commande à 5 dirhams l’unité, ou un tatouage soi-disant offert qui vaut dix fois le prix payé par un local. Réglez uniquement ce que vous avez commandé et rendez le reste.
Rien, sans besoin d’être désagréable
Un inconnu annonçant une rue fermée, un commerçant vous expliquant qu’un artisan passe tous les quinze jours, un guide qui s’impose durant votre trajet : ce ne sont pas des services et vous ne devez rien. Un simple « la shokran » et poursuivre votre chemin suffisent.
Les moments où le billet est attendu
Bagages d’abord, car c’est le plus flou. Dans un car Supratours, celui qui porte votre sac jusqu’à la soute demandera jusqu’à 20 dirhams et s’attend à ce que vous donniez : 5 est la somme juste. CTM est la seule compagnie qui facture légalement ce service et remet un reçu. Rien à payer pour un bagage gardé près de vous.
Un hammam populaire est peu onéreux, et le gommage est la partie payante : 10 à 15 dirhams pour l’entrée dans un hammam de quartier, 30 à 50 environ pour le gommage, et vous devez venir avec savon, gant et serviette. Un hammam touristique débute vers 150 dirhams et inclut la prestation, donc le pourboire est alors plus faible et optionnel. L’argent revient à la personne qui vous frotte et vous rince.
Vient la médina, où les montants sont modestes mais où le savoir-vivre compte beaucoup. Si vous êtes perdu et qu’on vous accompagne jusqu’à une route où un taxi s’arrête, 20 dirhams est un maximum, jamais un début de négociation : il faut fixer la somme avant de partir et la donner en pièces. Une femme de chambre vous lavera un sac de linge pour 50 à 100 dirhams et répondra "comme vous voulez" à la question du prix, façon de vous inviter à déterminer le montant. Au marché aux poissons, faire vider son achat coûte 1 à 2 dirhams.
Les services soi-disant gratuits
Ce qui coûte le plus cher au Maroc, ce sont les choses annoncées comme gratuites. Le henné proposé sans frais sur la place se termine par une demande insistante, parfois dix fois plus élevée que pour un local ; plus le motif est foncé, plus il risque de contenir des produits que vous préféreriez éviter. Une photo avec un serpent, 20 dirhams : acceptable… si vous souhaitez la photo. Dans les stands de la place Djemaa el-Fna, assiettes de frites et salade arrivent sans commande et apparaissent à 5 dirhams sur l’addition.
L’autre catégorie concerne l’orientation. Un inconnu qui vous annonce qu’une rue est barrée, un commerçant expliquant qu’un artisan ne vient qu’une fois tous les quinze jours, un homme muni d’une carte plastifiée qui s’impose comme guide : rien de tout cela n’est un service, rien ne donne lieu à un paiement. La phrase qui ferme la conversation est « la shokran » , merci, suivi immédiatement de la reprise de votre marche.
La petite monnaie, clé du système entier
Les pièces sont de 0,50, 1, 2, 5 et 10 dirhams, les billets de 20, 50, 100 et 200 ; dans la pratique, on ne voit guère de coupures inférieures à 20. Personne n’a de monnaie, ni taxi, ni café, ni réception de l’hôtel pour la taxe touristique. Changez donc un gros billet dès que possible, gardez une poche remplie de pièces et de billets de 20, et n’offrez jamais un billet de 100 dirhams pour une course à 7.
La carte bancaire est acceptée dans les restaurants, hôtels et rares grandes boutiques. Les taxis, marchés, pourboires et taxe touristique demandent du liquide, et un retrait DAB dans la plupart des banques marocaines ajoute environ 30 dirhams, en plus des frais de votre banque : une raison de retirer plus, moins souvent. Seule Al Barid n’appliquait aucun frais en mars 2024.
Avant de quitter l’hôtel le matin
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Bien gérer son argent au Maroc tient moins à la générosité qu’à la distinction entre ce qui se discute et ce qui ne se discute pas. Le compteur, le prix d’un plat ou le billet remis à un porteur ou employé de hammam ne se négocient pas : c’est un geste, pas une obligation. Tout le reste est négociable… et se règle vite si vous avez la monnaie prête.




