Fès est la ville qui explique le Maroc à ceux qui pensent que Marrakech suffisait déjà. Fondée en 789, capitale à plusieurs périodes, elle reste le centre intellectuel du pays : la médina abrite une université ouverte en 857 et une bibliothèque que l’on considère comme la plus ancienne encore en service au monde.
C’est aussi la ville la moins simple à visiter. La vieille ville est un lieu vivant sans voitures, sans rocade et avec peu de panneaux de rues, si bien que la première heure déroute, la seconde séduit. Ce guide explique comment dépasser la première heure.
- Habitants, recensement 2024
- 1,256,172
- Date de fondation de la ville
- 789
- Création d’al-Qarawiyyin
- 857
- Médina classée à l’UNESCO
- 1981
Deux médinas et une ville nouvelle
Fès, ce sont trois entités accolées. Fès el-Bali est la vieille ville, celle des cartes postales, fondée sur les deux rives de l’oued Fès et unifiée en une cité fortifiée au XIe siècle. Fès Jdid, la Fès nouvelle, a été construite en 1276 comme quartier administratif et militaire, et abrite encore le palais royal, dont seules les portes se visitent. Enfin la Ville Nouvelle est la partie édifiée à l’époque française après 1912, avec ses larges avenues, ses banques, ses cafés et la gare.
La vieille ville fut inscrite à l’UNESCO en 1981, première au Maroc à recevoir ce statut, et elle demeure l’une des plus grandes et anciennes zones piétonnes au monde. Ce n’est pas de la nostalgie, mais bien une question de structure : dans la majeure partie du quartier, les ruelles sont trop étroites pour les véhicules, alors marchandises et matériaux circulent à main ou à dos d’âne.

Parcourir la médina à pied
La médina n’est pas un musée avec un sens de visite imposé. C’est environ un quart de million de personnes qui vivent et travaillent dans un enchevêtrement de ruelles conçues pour l’eau, l’ombre et la défense, non pour les visiteurs. Tenter d’y appliquer une logique de plan de ville la rendra vite pénible.
Deux conseils rendent la visite agréable. Le premier : recourir à un guide officiel pour une demi-journée, dès le début. Le second : disposer d’une carte hors-ligne sur son téléphone, avec la localisation du riad enregistrée avant de sortir : le signal devient faible dans les recoins et tous les murs se ressemblent. Suivez la grande artère Tala’a Kebira pour vous repérer et utilisez les portes comme points de référence : Bab Bou Jeloud à l’ouest, Bab Mahrouk, Bab Guissa, Bab Ftouh.
Quiconque vous « accompagne » dans la rue tente de vous vendre quelque chose ; répondez simplement non et poursuivez votre chemin. Pour un guide, sollicitez le riad ou l’office du tourisme et convenez clairement du prix et des horaires. Les chaussures font la différence : ruelles pavées, marches, reliefs glissants, et le parcours réel est toujours plus long qu’il n’y paraît sur le plan.
Les tanneries et l’artisanat
Les tanneries constituent l’étape incontournable, et elles sont réellement spectaculaires : de grands puits de pierre remplis de teintures ou de liquides blancs pour assouplir la peau, le tout travaillé à la main, en plein air. Chouara, à côté de la médersa Saffarin, est la plus vaste des trois de la ville, active depuis le XIe siècle. La vue se prend depuis les terrasses qui surplombent les ateliers de cuir : l’entrée y est gratuite à condition de traverser la boutique ensuite ; un petit pourboire est apprécié.
Le cuir n’est qu’un métier parmi d’autres. Fès reste le centre marocain du zellij, la mosaïque taillée, , du plâtre sculpté et du bois peint. Les médersas en témoignent : Bou Inania, al-Attarine, Saffarin, toutes petites, ouvragées et accessibles aux visiteurs. Les foundouks, anciens caravansérails marchands, se comptent par centaines, celui de Nejjarine est aujourd’hui musée des arts du bois. Les hammams sont des lieux actifs, non des vitrines, et ceux du XIVe siècle à Saffarin et al-Mokhfiya accueillent toujours les habitants : en venant un soir avec une serviette, vous verrez la ville dans son quotidien, loin de l’image touristique.
Arriver : l’aéroport et le train
L’aéroport de Fès-Saiss se situe à environ treize kilomètres du centre, avec un nouveau terminal ouvert en 2017 portant sa capacité à environ deux millions et demi de passagers par an. Le bus 16 fait la liaison entre le terminal, la gare routière et la gare ferroviaire pour quelques dirhams, en quarante minutes environ. Les taxis attendent devant, tarif fixe d’environ 150 dirhams jusqu’au centre, à confirmer avant le départ.
La gare ferroviaire se trouve dans la Ville Nouvelle, à quelques minutes à pied des hôtels et à environ vingt minutes en taxi des portes de la médina. Les trains partent à l’est vers Oujda, à l’ouest vers Meknès, Rabat, Casablanca et Tanger, ce qui fait de Fès une étape logique sur un itinéraire ferroviaire, bien plus qu’un détour. Si vous arrivez de Marrakech, le train reste l’option confortable ; la route, beaucoup moins.
Quand partir
Fès est une ville de l’intérieur, perchée à 414 m d’altitude, et son climat s’en ressent, rien de comparable à la côte. Été très chaud, hiver froid, et la plupart des visiteurs privilégient le printemps ou l’automne.
Les observations à l’aéroport indiquent des maximales de 16 °C en janvier et de 35,1 °C en juillet et août, pour une moyenne annuelle de 24,7 °C. La pluie, environ 488 mm chaque année, tombe surtout entre novembre et mars, et la neige n’est pas exceptionnelle, elle se maintient au sol une année sur quelques-unes, et les collines blanchissent souvent. La ville bénéficie de 3 100 heures d’ensoleillement, soit plus que la majorité des villes européennes sur une bonne année.
En pratique, durant l’été, c’est le matin et le soir qu’on profite de la ville. Une visite en hiver oblige à emporter un manteau : ruelles froides à l’ombre, terrasses chaudes au soleil. Le printemps et l’automne se prêtent à la marche continue, l’unique façon de saisir Fès comme elle est.
Se connecter sur place
Avoir une connexion à Fès, ce n’est pas du confort : c’est s’orienter. La médina se découvre avec un téléphone qui fonctionne : carte hors-ligne pour savoir où tourner, traduction d’enseigne, message pour indiquer au riad qu’on s’est perdu à cinq minutes.
La couverture réseau est bonne dans les villes marocaines, et Fès n’y fait pas exception, y compris dans la majorité de la vieille ville. La question, c’est comment obtenir la data : pass roaming de votre opérateur, SIM locale avec enregistrement, ou eSIM de voyage installée avant le départ. Pour un court séjour dans ce labyrinthe, la dernière option vaut la petite préparation qu’elle implique.
Comment allez-vous vous connecter ?
Avez-vous besoin d’appels et de SMS sur votre numéro habituel pendant votre séjour au Maroc ?
Le pass roaming de votre opérateur coûte-t-il moins de cinq dollars par jour ?
Une eSIM de voyage pour la data
Installez-la avant de partir et passez la data sur la ligne eSIM à l’atterrissage. Le plan hors-ligne de la médina, l’application de traduction et les messages du riad fonctionnent dès l’aéroport, sans modifier votre numéro.
Votre propre ligne en itinérance
Si le pass est peu cher et le séjour court, c’est une chose à régler en moins. Coupez l’itinérance de données pour tout ce qui n’est pas utile : un téléphone qui cherche le réseau dans les ruelles profondes verra la batterie tomber avant le signal.
Où dormir, que manger
Votre séjour dépend du choix : loger dans les remparts ou non. Un riad dans la médina vous offre la ville à l’aube, quand elle est silencieuse et que les fours à pain démarrent, au prix d’un trajet à pied avec vos bagages et d’un risque de s’égarer le soir. Un hôtel dans la Ville Nouvelle donne taxi, parking et adresse conventionnelle, mais moins d’ambiance.
Fès accorde de l’importance à la table locale. Le plat emblématique est la tanjia, viande lentement cuite dans une jarre d’argile sur le feu du hammam, et la cuisine y reste franche, généreuse, bien plus que dans beaucoup de restaurants touristiques d’autres villes. Privilégiez les adresses où le menu est réduit.
Excursions autour
Meknès est à une demi-heure de train, cité impériale plus tranquille, avec enceintes et portes disproportionnées. Volubilis, site romain, se trouve plus loin : accès conseillé en voiture de location ou taxi collectif. Chefchaouen, célèbre ville bleue dans le Rif, se situe à plusieurs heures au nord ; il faut prévoir une nuit sur place. Plus proches : Sefrou et les collines du Moyen Atlas, lieux de promenade pour les Fassis en quête de fraîcheur, ainsi que Sidi Harazem, ancienne station thermale sur la route de sortie.
Une recommandation du Foreign, Commonwealth and Development Office britannique sur le Maroc, valable autant pour les montagnes que pour le littoral : les activités sportives dites « d’aventure » ne sont pas toujours prises en charge par l’assurance voyage. Relisez les conditions avant toute réservation.
Avant d’atterrir
0/8
Fès récompense la seconde promenade. La première, vous êtes perdu ; la deuxième, un carrefour vous devient familier et vous tournez sans hésiter ; à la troisième, vous buvez un thé dans un café où les hommes jouent aux cartes, sans qu’on vienne vous vendre quoi que ce soit. Accordez-lui deux jours et vous en parlerez longtemps après.




